Elle a choisi son camp — pas son passeport

Marina Volkova est née à Kaliningrad, un port sur la mer Baltique où l'air sent le sel et le mazout des chalutiers. Elle avait quinze ans quand les premières colonnes russes ont franchi la frontière ukrainienne en 2014. Sa grand-mère regardait un débat à la télévision ce soir-là, et Marina, assise par terre avec son chat sur les genoux, avait posé une question toute simple : pourquoi on envoie des soldats chez les voisins ? Personne n'avait su lui répondre.

Elle a mis quatre ans à trouver sa propre réponse.

À dix-neuf ans, elle a rempli un sac — un seul, celui qu'elle utilisait pour ses stages de comédienne — et elle a quitté la Russie. Pas pour un contrat, pas pour des études, pas pour une vie meilleure. Elle avait signé pour des castings de mannequinat à Kiev deux ans plus tôt et connaissait déjà la ville ; cette fois, elle n'y allait plus pour défiler.

À Kiev, elle a découvert qu'un passeport russe ferme presque toutes les portes de l'armée régulière. Alors elle a cherché ailleurs. Un forum, un numéro de téléphone, un rendez-vous dans un hangar désaffecté à la sortie de la ville. Un mois de sélection, des nuits sur un lit de camp, l'odeur de poudre et de café instant. Elle a appris les premiers secours au combat, le déminage de base, et surtout : le tir. C'est là qu'elle s'est révélée. Ils l'ont surnommée « Wakizashi » — à cause d'un sabre japonais miniature accroché au mur du baraquement, qu'elle fixait sans le savoir pendant des heures entre deux exercices. Le surnom lui est resté.

Personne ne lui a fait confiance tout de suite. On murmurait qu'elle était une infiltrée, une taupe envoyée depuis Moscou. D'autres se moquaient : retourne donc à tes podiums, la poupée. Un vieux sergent, lui, était persuadé qu'elle jouait un rôle, comme au théâtre, et qu'elle craquerait au premier coup de feu. Pendant six mois, elle a dormi dans la boue avec les autres, porté les mêmes charges, sans se plaindre une seule fois. Six mois pour qu'on cesse de la regarder de travers.

Le 24 février 2022, à cinq heures du matin, ce n'est pas pour elle-même qu'elle a eu peur. C'est pour les bêtes.

Depuis des années, Marina recueillait des chats et des chiens errants dans les rues de Kiev — elle en soignait certains dans sa cuisine, avec une seringue et du sérum physiologique achetés à la pharmacie du coin. Quand les premières explosions ont secoué les vitres de son immeuble, elle a d'abord chargé trois chats et un vieux berger allemand borgne dans la voiture de sa mère, direction l'ouest, avant même de rejoindre son unité.

Ensuite sont venues Irpin, Boutcha, le front sud, puis l'est. Des pertes. Des blessés qu'elle a portés sur son dos dans la neige. Elle a suivi une formation de médecin de combat auprès d'un bataillon médical de volontaires, et elle a commencé à sauver des vies plutôt qu'à seulement viser. Beaucoup ignorent qu'elle a aussi continué à évacuer des animaux directement des zones de combat — un chaton trouvé sous un blindé calciné, un chien qui errait entre les cratères d'obus. Sa mère, restée elle aussi en Ukraine après avoir quitté la Russie, s'occupe aujourd'hui d'une douzaine de bêtes recueillies dans un appartement à la périphérie de Kiev. L'essentiel de la solde de Marina — quelque huit cents euros par mois, une fois convertis — part dans les croquettes, les vaccins et le vétérinaire.

Après des années de service, elle n'a toujours pas de passeport ukrainien. La loi le lui interdit, à cause de sa nationalité d'origine. Elle en parle sans détour : c'est la blessure la plus profonde, plus profonde que les cicatrices sur son bras gauche. Elle se bat pour un pays qui, administrativement, ne veut pas encore d'elle comme citoyenne.

Elle ne cache pas non plus la fatigue psychologique. Elle voit une psychologue à Kiev tous les quinze jours et prend un traitement antidépresseur prescrit après une évacuation particulièrement violente près de Bakhmout. Demander de l'aide, dit-elle, n'est pas une faiblesse — c'est ce qui lui permet de tenir encore debout pour la suivante.

Un jour, un journaliste lui a demandé ce qu'elle craignait le plus au monde. Elle a répondu sans hésiter : « Me retrouver chez moi. » Et par « chez moi », elle ne parlait pas de Kaliningrad. Le foyer, pour elle, ce n'est plus un lieu de naissance. C'est ce pour quoi on accepte de tout risquer, et ceux qu'on choisit de protéger.

Six mois après cet entretien, l'administration ukrainienne a fini par lui délivrer un permis de séjour permanent — pas encore la nationalité, mais un premier papier officiel, tamponné, qui porte son nom et son surnom de guerre côte à côte. Elle l'a rangé dans une chemise en plastique, entre le carnet de vaccination du vieux berger allemand borgne — mort de vieillesse l'hiver dernier — et la photo de sa grand-mère de Kaliningrad, qu'elle n'a jamais revue.

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Elle a choisi son camp — pas son passeport