Denise n'a pas frappé. Elle a tourné la clé qu'elle portait à une chaînette depuis sept ans, et elle est entrée dans l'atelier comme si celui-ci était encore à elle.
— Maman, c'est moi qui décide ici maintenant, a dit Thomas, sans lever les yeux de la facture qu'il tenait à la main. — Papa m'a tout laissé. Chez le notaire, en bonne et due forme.
Dehors, rue de la République, il bruinait, et de l'immeuble voisin montait une odeur d'oignons qui reviennent — quelqu'un préparait le déjeuner à quatorze heures trente, un mardi, comme si le temps continuait de s'écouler normalement pour les autres. Pour Denise, il s'était arrêté trois semaines plus tôt, le jour de l'enterrement de Bernard.
Le garage automobile, deux ponts élévateurs, un compresseur qui toussait comme un vieux fumeur — voilà tout ce que son mari avait laissé derrière lui. Trente-deux ans de mariage, dont vingt-deux à la même adresse, avec la même cliente chauffeuse de taxi qui passait chaque mois pour sa vidange et demandait toujours si madame Denise avait refait sa fameuse tarte aux pommes.
— En bonne et due forme, a répété Denise. — Et tu sais qui a payé le loyer de ce local pendant que ton père était hospitalisé à la Pitié-Salpêtrière après son infarctus ? Moi. Avec ma retraite d'institutrice. Trois cents euros par mois pendant quatre mois, pour ne pas perdre le bail.
Thomas a reposé la facture. Il avait trente et un ans et les mêmes rides autour des yeux que son père quand il se fâchait.
— C'était ton engagement à toi, en tant qu'épouse. Moi, j'ai des engagements en tant que propriétaire, maintenant. Des clients, l'URSSAF, le crédit-bail du pont élévateur. Je ne peux pas me permettre les sentiments.
— Les sentiments, a-t-elle répété doucement, presque pour elle-même.
Elle est repartie sans un mot, n'emportant que la tasse marquée « Meilleur Garagiste de Paris », un cadeau qu'elle avait elle-même offert à Bernard pour ses cinquante ans.
***
L'affaire avait vraiment commencé deux semaines plus tôt, chez le notaire, place des Vosges. Le testament était bref : le garage, le matériel, deux véhicules de société — tout pour le fils. À Denise revenaient l'appartement du quartier de la Bastille où ils avaient vécu, et un compte épargne dont le solde, après les frais d'obsèques, s'était réduit à deux mille cinq cents euros.
Le notaire, maître Fontaine, un homme d'une soixantaine d'années à la moustache grise, l'avait regardée à ce moment-là avec une telle compassion qu'elle avait dû se tourner vers la fenêtre.
— Madame, vous avez droit à la réserve héréditaire, avait-il dit alors à voix basse. — Même si le testament n'en tient pas compte.
— Je ne vais pas faire un procès à mon propre fils, avait-elle répondu.
Maintenant, trois semaines plus tard, assise dans sa cuisine avec un thé refroidi, elle se remémorait ces mots. Sur la table traînait un journal vieux de deux jours, ouvert à la page des petites annonces. Sa voisine du dessous, madame Rossi, était passée le matin lui demander si elle avait besoin de compagnie — elle avait entendu à travers le mur quelqu'un crier dans l'atelier une semaine plus tôt, quand Thomas avait jeté à la ferraille les vieux outils de son père.
— Il a jeté la meuleuse de papa. Celle qu'il avait depuis vingt ans, a dit Denise à madame Rossi, sans trop savoir pourquoi elle racontait ça.
— Et toi, qu'est-ce que tu vas faire, Denise ?
Elle n'a pas répondu tout de suite. Elle s'est levée, a lavé la tasse de Bernard et l'a posée sur l'étagère, à côté de leur photo de mariage.
***
Sa belle-fille, Léa, est venue seule, sans prévenir, un vendredi après-midi. Elle portait encore sa blouse de travail — elle était infirmière à l'hôpital Robert-Debré et venait visiblement de finir sa garde.
— Thomas ne sait pas que je suis là, a-t-elle dit en s'asseyant à la table de la cuisine, sans enlever son blouson. — Il a peur que vous lui fassiez un procès. Il a parlé avec l'avocat du crédit-bail, celui-ci lui a parlé de la réserve héréditaire et Thomas a paniqué.
— Je n'ai pas l'intention de poursuivre qui que ce soit.
— Je sais. Mais lui, il ne le sait pas. — Léa tripotait la lanière de son sac. — Belle-maman, il a jeté tous ces outils parce qu'il a peur. Pas parce qu'il s'en fiche. Il pense simplement que s'il garde tout comme avant, ça veut dire qu'il n'est pas encore vraiment le propriétaire.
Denise lui a servi du thé, bien que Léa n'en ait pas demandé.
— Et toi, Léa, qu'est-ce que tu veux ?
— Que ça ne finisse pas comme ça finit dans ces familles-là. Que dans cinq ans, les enfants ne finissent pas par ne plus connaître leur grand-mère.
Cette phrase est restée suspendue dans l'air plus longtemps qu'il n'aurait fallu.
***
La scène décisive s'est jouée non pas dans l'atelier ni dans l'appartement de la Bastille, mais dans la salle d'attente de l'étude notariale place des Vosges, dix jours plus tard.
Denise est venue seule, rendez-vous fixé à midi. Quand maître Fontaine a ouvert la porte de son bureau, Thomas était déjà assis à l'intérieur — en sueur, une chemise de documents sur les genoux, encore en tenue de travail, visiblement venu directement du garage.
— Maman me poursuit ? a-t-il demandé avant même que quiconque ait pu s'asseoir.
— Non. — Denise a posé son sac sur une chaise. — Je viens signer une renonciation à la réserve héréditaire.
Thomas s'est tu. Le notaire a tendu la main vers le dossier de documents, mais Denise a levé la sienne.
— Avant de le faire, je veux que tu entendes quelque chose. Ton père t'a laissé le garage parce qu'il croyait que tu le dirigerais mieux que moi. C'était son choix et je le respecte. Mais ce que tu as fait une semaine après l'enterrement — jeter ses outils à la ferraille comme s'ils ne comptaient pour rien — ça, c'était ton choix à toi. Pas celui de ton père.
— Maman, je…
— Je n'ai pas fini. — Sa voix ne tremblait pas. — Le compte qui reste de ton père, deux mille cinq cents euros, je le consacre aux travaux de l'appartement. Pas au garage. Je ne te donnerai pas un centime pour le crédit-bail du pont élévateur, celui que tu m'as fait demander par Léa la semaine dernière. Ce qui m'appartient reste à moi. Ce qui est à toi reste à toi. Je renonce à la réserve parce que je ne veux pas faire la guerre pour de la ferraille. Mais n'attends pas que je finance désormais tes décisions.
Elle a signé le document avec le stylo que lui a tendu le notaire. Sa main n'a pas tremblé.
Thomas restait assis, tête baissée, la chemise de documents toujours posée sur ses genoux, non ouverte.
— Je voulais juste que ce soit à moi, a-t-il dit à voix basse. — Que personne ne me dise comment diriger le garage.
— Maintenant c'est à toi. Entièrement. — Denise s'est levée, a boutonné son manteau. — Et donc maintenant, tu paieras toi-même tout ce qui va avec. Y compris les erreurs.
***
Elle est sortie de l'étude la première. Dehors, la pluie avait cessé, les pavés de la place des Vosges luisaient d'humidité, et un bus de la ligne 29 passait justement, grondant comme un vieux diesel.
Léa a appelé le soir.
— Thomas a pleuré dans la voiture, a-t-elle dit. — Pour la première fois depuis l'enterrement.
Denise était alors assise à sa table de cuisine, devant elle un devis d'une entreprise de rénovation — remplacement des fenêtres de l'appartement, sept mille huit cents euros, délai d'exécution six semaines.
— Dis-lui que dimanche je fais une tarte aux pommes, a-t-elle répondu. — S'il veut venir, la porte sera ouverte. Mais le garage, c'est son affaire maintenant.
Elle a reposé le téléphone et est retournée à son devis. Dehors, le chien du voisin, un teckel des Martin du rez-de-chaussée, aboyait après le facteur comme chaque jour à cette heure — exactement comme si rien n'avait changé.







