Celle qui ne s’excuse plus

— Tu ne peux pas avoir d’enfants. Alors j’en ai fait un avec quelqu’un d’autre. Fais-toi à l’idée.

Antoine n’avait même pas pris la peine de s’asseoir. Il avait jeté sa veste sur le dossier du canapé en entrant et il tournait maintenant dans le salon, les mains dans les poches, le menton levé. Élise le regardait sans bouger, les doigts refermés autour de sa tasse de thé vide. La porcelaine tiède contre sa paume était la seule chose qui l’empêchait de se lever et de lui envoyer cette tasse à la figure.

— Je te parle, Élise. Comme un adulte à une adulte. Chloé attend un enfant de moi. Toi, eh bien… tu sais pourquoi, toi.

Elle posa la tasse, très doucement. Le petit bruit mat sur le guéridon en bois de manguier fut presque solennel.

— J’ai entendu chaque mot, dit-elle.

— Et c’est tout ? Pas de larmes ? Pas de cris ? se moqua-t-il. Je te l’avais toujours dit, tu es froide. Froide comme ces visages en plâtre que tu fabriques.

— Je réfléchis, Antoine. J’ai toujours besoin de réfléchir avant de répondre. Tu ne l’as jamais remarqué en neuf ans ?

— Réfléchis plus vite. Je n’ai pas que ça à faire.

Élise le dévisagea avec une espèce de patience maternelle qui, venant d’elle, était plus cinglante qu’un éclat. Elle connaissait cet homme dans ses moindres recoins. Elle aurait pu sculpter son masque de lâche les yeux fermés.

— Assieds-toi, proposa-t-elle. Je nous prépare un thé. Ou un café, comme tu veux.

— Pas de thé, pas de café. J’ai besoin que tu acceptes les faits. Et les faits sont simples : neuf ans avec toi, le néant. Avec Chloé, du premier coup. La nature a parlé.

— Neuf ans, c’est long, reconnut-elle. J’y ai beaucoup pensé, figure-toi.

— Eh bien, la conclusion est simple : toi.

Elle croisa les mains sur ses genoux. Sa voix restait posée, presque caressante.

— Et si je te disais que le problème, ce n’est pas moi ?

— Je te répondrais que tu inventes des histoires. Tu as toujours aimé les fables, les masques, le théâtre… Dommage que dans la vraie vie, on ne choisisse pas les visages.

— Parfois on les choisit, dit-elle. Mais on met du temps à distinguer le vrai du faux.

Antoine ne perçut pas la nuance. Il arpentait le salon, visiblement soulagé d’avoir craché ce qu’il ruminait depuis des mois.

— Je vais m’installer chez Chloé quelque temps, annonça-t-il. Le temps que tu t’organises. L’appartement, garde-le pour l’instant, je ne suis pas un monstre.

— Merci pour cette générosité, lâcha-t-elle sans ironie apparente.

— De rien. Tu vois, je fais les choses humainement.

Élise se leva à son tour, ouvrit le tiroir du buffet, en sortit une enveloppe blanche un peu cornée. Elle l’avait déjà ouverte. Il suivit son geste avec un soupçon d’agacement.

— C’est quoi, ça ?

— Rien. Pars chez ta Chloé, sois heureux. On en parlera quand tu seras capable d’écouter.

— Je suis capable tout de suite, se hérissa-t-il.

— Non. Tout de suite, tu es seulement capable d’aboyer.

Deux jours plus tard, Élise retrouva Camille à la terrasse d’un café du Panier. Le mistral faisait claquer les stores et le serveur courait après les serviettes en papier. Camille avait commandé deux cafés allongés et une assiette de navettes qu’aucune des deux ne touchait.

— Tu te fiches de moi ? Camille se pencha par-dessus la table. Il t’annonce ça comme une formalité, et toi tu lui proposes du thé ?

— Du thé, oui. Tu voulais que je fasse quoi ? Que je hurle ?

— Au moins ! Les voisins auraient appelé les flics, mais au moins tu te serais fait entendre !

— Hurler, ça déforme les traits. Je passe ma vie là-dedans : un visage tordu par la rage, c’est le masque le plus laid qui existe.

— Ce n’est pas de masques qu’il s’agit, Élise ! C’est de ta vie. De cet homme qui t’a regardée de haut pendant des années en te faisant croire que c’était toi, le problème.

— Je sais. C’est pour ça que je ne vais pas dépenser mon énergie en cris. Je vais la dépenser en solution.

— Quelle solution ?

— D’abord les faits.

Élise sortit de son sac à main la même enveloppe blanche et la posa entre les deux tasses.

— Tu te souviens, il y a deux mois, quand on a enfin décidé d’aller consulter ? Lui, il voulait le faire à sa manière, en solo, sans moi, pour ne pas perdre la face. Il est allé à l’Institut de fertilité de la rue Sainte, le grand ponte. Le rendez-vous, il l’a demandé de son côté, il m’a dit qu’il n’avait rien à craindre.

— Et alors ?

— Les résultats sont arrivés par courrier. À son nom. Sauf qu’il était parti pour un séminaire à Bordeaux, et le courrier, c’est moi qui l’ai relevé. Je l’ai ouvert. Pas par hasard.

Élise fit glisser la feuille vers son amie.

— Lis.

Camille parcourut le document, ses yeux s’écarquillèrent. Elle reposa le papier comme s’il était radioactif.

— Attends… c’est lui ? Lui, il ne peut pas ?

— Spermiogramme : azoospermie complète. Zéro. Ce n’est pas moi qui suis stérile, Camille. C’est lui. Et il n’en sait rien parce qu’il n’a jamais pris la peine de revenir chercher les résultats. Il s’est trouvé un bouc émissaire, point.

— Pourquoi tu ne lui as pas jeté ça à la figure tout de suite ?

— Parce que si je l’avais fait, il aurait crié au faux, au couperet de la femme trompée. Il fallait que j’attende un moment où il ne pourrait plus reculer. Et puis, franchement, une autre question me tarabustait : si Antoine ne peut pas être père, alors d’où vient le bébé de Chloé ?

Camille s’adossa à sa chaise, sonnée.

— Tu tiens de la dynamite entre les mains, et tu restes là, calme.

— Ce qui me met en colère, ce n’est pas l’infidélité. L’infidélité, les gens s’en accommodent. Ce qui me met en colère, c’est le mépris. Ces neuf ans de soupirs au-dessus de mon ventre vide, de petites phrases les soirs de Noël, de cette pitié insultante qu’il m’offrait comme une médaille.

— Alors fais-lui tout exploser au visage ! Camille frappa du poing sur la table. Qu’il s’étouffe avec la vérité.

— C’est prévu, dit Élise. Mais pas pour me venger. Pour qu’il arrête de déformer les visages des autres à sa convenance. Le mien. Celui de Chloé. Celui de son enfant mythique.

— Tu es terrifiante quand tu es calme.

— Je ne suis pas terrifiante. Je ne m’agite pas, c’est tout. S’agiter, c’est pour ceux qui ont peur. Moi, je n’ai plus peur. J’ai un document.

Le lendemain, Élise invita Antoine à passer à son atelier, rue des Muettes. Il traîna les pieds jusqu’en fin d’après-midi, prétextant que Chloé avait besoin de lui, que la grossesse la fatiguait. L’atelier sentait la poudre d’argile, la colle à bois et la peinture acrylique. Des dizaines de masques étaient accrochés au mur : Arlequin, Colombine, des loups vénitiens, des faces de tragédie grecque. Sous cette armée de regards vides, Antoine se sentait toujours mal à l’aise.

— Tu ne pouvais pas me parler dehors ? grogna-t-il en repoussant un buste de Plaute du coude. C’est glauque, ici, toutes ces gueules qui te fixent.

— Elles sont plus vivantes que certaines personnes, répondit Élise qui lissait un nouveau moule en latex, les doigts jaunis par la résine. Assieds-toi, je n’en ai pas pour longtemps.

— Je suis pressé. Chloé ne doit pas s’énerver.

— Chloé se porte très bien. Dis-moi, Antoine… tu es tout à fait certain d’être le père ?

Il s’arrêta net, la main sur la poignée de la porte.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Évidemment que je suis le père ! Tu espères semer le doute, c’est ça ?

— Je pose juste la question. Tu n’as aucun soupçon ?

— Aucun. Chloé n’est pas comme toi, elle. Elle est normale, entière, pas froide comme un glaçon. Une vraie femme.

— Une vraie femme, répéta Élise sans cesser de travailler. Très bien. Dans ce cas, elle doit tout te dire.

— Arrête de tourner autour du pot. Qu’est-ce que tu manigances ?

Élise abandonna son ébauchoir, s’essuya les mains dans un chiffon et se tourna vers lui. Son regard n’avait rien de glacial, il était simplement limpide.

— Je ne manigance rien. C’est toi qui t’es manigancé tout seul. Tu as bâti une histoire, tu as distribué les rôles : la femme stérile, l’homme puissant, l’amante fertile. Mais aucun de vos rôles n’est juste.

— Fiche-moi la paix, Élise. J’en ai assez de tes devinettes.

— Tu te souviens du laboratoire où tu es allé, seul, plein de superbe ? Eh bien, tes résultats sont arrivés. Et ils sont là-dedans.

Elle tenait l’enveloppe. Elle la déposa sur l’établi, à côté d’un masque de lion à demi peint.

— Ouvre.

Antoine hésita. Il avait pâli. Ses certitudes s’effritaient rien qu’à voir la blancheur de ce papier.

— Qu’est-ce que c’est ?

— La vérité. Tu as tellement peur de l’entendre ?

— C’est un piège. Tu as trafiqué un courrier.

— Je fabrique des masques en plâtre, Antoine, je ne sais pas falsifier un bilan médical. Regarde le logo, le numéro de dossier, la date de naissance. Tout est à toi. Ouvre, et lis à voix haute. Je veux entendre ça avec ta voix.

Il déchira presque l’enveloppe en la tirant. Il lut une fois, puis deux. Son visage se vida, chaque mot effaçant une certitude.

— « Absence totale de spermatozoïdes… » murmura-t-il comme s’il récitait une sentence. Non. Non, c’est une erreur. Ces choses-là arrivent.

— Bien sûr, une erreur, acquiesça Élise. Seulement, si on part du principe que le laboratoire ne se trompe pas, une question se pose. Elle ramassa le masque de lion et le plaça devant son propre visage, ne laissant voir que ses yeux. De qui est le bébé de Chloé ?

Une heure plus tard, ils se tenaient tous les trois dans le salon trop parfumé de Chloé, un appartement minuscule du quartier de la Joliette, rempli de coussins à sequins et de bougies à la vanille. Chloé, enceinte de cinq mois, s’était réfugiée au fond du canapé, les mains serrées sur son ventre comme sur un secret.

— Dis-lui, Chloé, somma Antoine en tendant la feuille. Dis-lui que c’est une fausse analyse, que cet enfant est le mien.

La jeune femme regarda le papier sans le prendre, puis son amant, puis Élise.

— Pourquoi tu l’as amenée ici ? demanda-t-elle d’une voix pointue. Tu avais promis qu’elle disparaîtrait de notre vie.

— Je repars tout de suite, annonça Élise calmement. Je voulais juste que vous regardiez tous les deux le même document. Toi aussi, Chloé. Lis. À haute voix. Après, je m’en vais.

Chloé arracha la feuille des mains d’Antoine. Elle la parcourut. Sa pomme d’Adam tressauta.

— Azoospermie… Ça veut dire quoi, exactement ?

— Que je ne peux pas avoir d’enfant, répondit Antoine d’une voix blanche. Que j’en suis incapable. Incapable.

— Alors le bébé… Chloé bredouilla, ses yeux passant de l’un à l’autre.

— C’est justement la question, l’encouragea Élise.

Le silence qui suivit était tel que l’on entendait le réfrigérateur vibrer dans la cuisine ouverte.

— Écoute, Antoine, c’est pas si simple… lâcha Chloé en se levant. Tu vois, je… ça ne change rien entre nous, d’accord ? L’important, c’est qu’on va avoir un enfant, une famille. Le reste, comment ça s’est passé techniquement, on s’en fiche, non ?

— Comment ça, on s’en fiche ? La voix d’Antoine dérapa dans les aigus. Il est de qui, alors ? De ce type du fitness que tu voyais les soirs où je rentrais tard ?

— C’est pas ça ! Juste une fois… bon, peut-être deux. Mais tu ne m’écoutais pas, toi, tout ce qui comptait c’était d’avoir un ventre à montrer à ta femme. Moi je t’ai donné ce que tu voulais, tu devrais être content !

Antoine recula comme si elle l’avait giflé. Élise ne disait mot, adossée au mur, les bras croisés.

— Je t’ai tout donné, souffla-t-il. J’ai quitté ma femme, je t’ai installée ici, j’ai dit à Élise qu’elle était stérile ! Et toi, pendant ce temps-là…

— « Stérile », coupa Élise d’une voix douce, tu lui as fait croire que c’était lui. Comme à moi pendant neuf ans. La boucle est jolie, tu ne trouves pas ?

Il se retourna vers elle, hagard.

— Toi, tu le savais. Dès le début, tu le savais et tu as attendu pour me le balancer de la pire manière. Tu es un monstre.

— Un monstre, c’est celui qui transforme les gens en figurants de son mélodrame, dit Élise. Moi, je n’ai fait qu’apporter une lumière crue sur ton petit théâtre. Appelle ça un projecteur.

Antoine se rua hors de l’appartement, laissant la porte claquer. Chloé resta figée au milieu du salon, les mains sur son ventre, le regard traqué. Élise ramassa l’enveloppe qui était tombée au sol et la mit dans son sac.

— Bonne chance, Chloé. Pour le bébé, et pour le reste.

Une semaine plus tard, la sonnerie de l’atelier retentit au moment où Élise fixait une perle sous la paupière argentée d’un masque de lune. C’était Antoine. Il n’avait pas prévenu. Il se tenait dans l’embrasure de la porte, le manteau froissé, les joues mangées par une barbe de plusieurs jours.

— Je peux entrer ?

— Tu es déjà entré, dit-elle sans lever les yeux.

Il se planta au milieu de la pièce, exactement au même endroit que la semaine précédente, mais tout dans sa posture avait changé. La superbe s’était changée en un tas de cendres mal tassées.

— Chloé m’a mis dehors, annonça-t-il. Quand elle a compris que je n’avais plus d’argent à mettre sur la table, que le cabinet comptable m’avait viré… elle a trouvé que c’était le moment de rejoindre le vrai père.

— Le vrai père qui est du genre à payer, j’imagine, commenta Élise en ajustant la perle.

— C’est ça. Un promoteur immobilier. Elle habite chez lui depuis hier.

— Triste histoire.

— Élise…

Il fit un pas vers l’établi. Elle leva enfin les yeux.

— Non, Antoine.

— Non quoi ? Je n’ai même pas encore parlé.

— Tu vas me dire que tu t’es trompé, que tu regrettes, que tu voudrais qu’on efface tout et qu’on reparte à zéro. Ma réponse est non. Et je vais la formuler une seule fois, parce que je n’ai pas envie de sculpter deux fois le même refus.

— Tu ne peux pas me faire ça, pas maintenant. J’ai perdu mon travail, je n’ai plus un sou, je dors sur le canapé de Fred…

— Ce n’est pas une raison. La pitié, Antoine, n’est pas un visa pour revenir habiter dans ma vie. Tu m’as regardée pendant neuf ans comme une pièce défectueuse. Tu m’as annoncé que tu avais conçu un enfant ailleurs en te léchant les babines. Ce que je ressens pour toi, c’est peut-être une certaine compassion pour la façon dont tu t’es perdu en chemin, mais ça ne te donne aucun droit sur moi.

Il avança la main vers un des masques, un profil de tragédie aux yeux vides.

— Tout ça, c’est toi, murmura-t-il. Tu planifies, tu gardes les preuves, tu attends le bon moment pour asséner le coup final.

— Je n’ai asséné aucun coup, Antoine. Le coup, tu te l’es infligé toi-même. Moi, j’ai juste tenu une enveloppe. Et je te l’ai tendue au moment où tu ne pouvais plus faire semblant.

— Je t’aimais, tu sais. Avant que tout ça pourrisse.

— Peut-être. Mais aimer, ça ne consiste pas à me piétiner pour te grandir. Aimer, c’est voir l’autre tel qu’il est, pas le masque qu’on lui plaque sur le visage.

Il baissa la tête. Le silence s’étira, seulement troublé par le grincement d’une poulie quelque part dans l’atelier.

— Alors c’est vraiment fini ? demanda-t-il.

— C’est fini. Va, Antoine. Va écrire la suite de ton histoire sans moi. Je ne suis ni ton refuge ni ton juge. Je suis une femme qui a cessé d’être définie par ton regard.

Il tourna les talons lentement, s’arrêta sur le seuil.

— Et si je guéris ? Si je change ?

— Alors tant mieux pour toi. Mais ça ne me regarde plus.

La porte se referma. Élise resta immobile une longue minute, le visage baigné par la lumière froide de la suspension. Puis elle reprit son pinceau et ajouta une étoile minuscule sur la joue du masque de lune. C’était presque un sourire.

Le soir même, elle retrouva Camille à une table du même café du Panier. Le mistral était tombé ; l’air était doux malgré la saison.

— Il est revenu à l’atelier, ce matin, annonça Élise en trempant une navette dans son café.

— Je m’en doutais. Et ?

— Et je lui ai dit non. Sans éclat. Juste non.

— Il a dû en faire une tête.

— Pire que ça. Il avait le visage d’un acteur qui réalise qu’il a joué toute la pièce à contresens.

— Et il a plaidé ?

— Le grand numéro : le repentir, la solitude, le canapé du copain. J’ai écouté, j’ai hoché la tête, j’ai refusé. Et puis il est parti.

Camille la regarda avec une sorte de respect étonné.

— Tu n’as vraiment plus peur de rien.

— Je n’ai plus peur de lui. Ni de moi. C’est ça, le secret. Élise tourna la cuillère dans sa tasse. Tu sais ce que j’ai fait après son départ ? J’ai achevé un nouveau masque.

— Quel genre ?

— Un visage de femme, les yeux clos, un demi-sourire sur les lèvres. Très paisible. Je l’ai appelé « Celle qui ne s’excuse plus ».

— C’est toi ?

— Autoportrait. Le premier honnête depuis dix ans.

Camille sourit, leva sa tasse.

— À la femme qui ne s’excuse plus, alors.

— Et à tous les visages qui restent à créer, compléta Élise.

Dans son atelier, cette nuit-là, les masques suspendus au mur semblaient veiller. Sous la caresse de la lampe, celui de la femme aux yeux clos affichait une sérénité qui n’appartenait qu’à elle. Dehors, la rue des Muettes portait bien son nom. Mais derrière la porte de bois bleu, il y avait une femme qui avait cessé de se taire.

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Sixty & Me
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